« Est-ce que je refais mon site internet, ou est-ce que je le fais réparer ? » C'est la question qu'un dirigeant nous pose le plus souvent, et c'est rarement celle qu'il pose en premier. Elle arrive après un devis d'une agence qui propose de tout reprendre à zéro, et un autre d'un indépendant qui propose de corriger deux ou trois points pour dix fois moins cher. Les deux ont l'air raisonnables, et ils ne disent pas la même chose du même site.

Il existe une façon de trancher qui ne dépend ni de l'un ni de l'autre. Elle consiste à regarder le site comme trois couches distinctes, à vérifier cinq points précis, puis à compter. C'est ce que nous détaillons ici, avec les ordres de prix qui vont avec.

Le vrai critère n'est pas l'âge du site

Un site de huit ans correctement entretenu est souvent en meilleur état qu'un site de trois ans laissé seul. L'âge ne dit rien : ce qui compte est ce qui a été tenu à jour, et ce qui ne l'a pas été.

Un site se lit en trois couches superposées, qui vieillissent à des vitesses différentes.

Le contenu : vos textes, vos photos, vos tarifs, la liste de vos prestations. C'est la couche la plus facile à reprendre, et la seule qui reste entièrement votre propriété quoi qu'il arrive.

La présentation : la mise en page, les couleurs, la typographie, le comportement sur téléphone. Elle se retouche tant qu'elle repose sur un socle souple, elle se reconstruit quand le socle est rigide.

Le socle : le gestionnaire de contenu, ses extensions, le langage du serveur, l'hébergement, le certificat de sécurité. Le visiteur ne le voit jamais, et c'est pourtant lui qui décide de presque tout le reste.

Réparer, c'est intervenir sur une couche sans toucher aux autres. Refondre, c'est reconstruire le socle et la présentation en conservant le contenu. La question n'est donc pas « mon site est-il vieux », mais « combien de couches sont touchées, et à quelle profondeur ».

Les cinq vérifications à faire avant de décider

Elles se font en une heure, sans compétence technique, et chacune se termine par un verdict clair.

1. L'adresse commence-t-elle par https ? Regardez la barre du navigateur. S'il n'y a pas de cadenas, le sujet vient de devenir urgent. Google a annoncé que Chrome demanderait l'autorisation de l'utilisateur avant d'ouvrir un site public non sécurisé, d'abord pour les utilisateurs de la navigation sécurisée renforcée, puis pour tout le monde à partir de Chrome 154, en octobre 2026. La même annonce situe le chiffrement entre 95 et 99 % des navigations selon le système d'exploitation : votre site ferait partie des rares à déclencher un avertissement. Verdict : réparation. Le certificat est gratuit chez la quasi-totalité des hébergeurs, et le travail tient en une demi-journée, essentiellement pour corriger les images et les liens restés en http à l'intérieur des pages.

2. Le site est-il réellement utilisable au pouce ? Pas « s'affiche-t-il sur un téléphone », mais « peut-on y prendre contact d'une main, dans la rue, en moins d'une minute ». Le test compte parce que Google n'explore plus le web qu'avec son robot mobile depuis le 5 juillet 2024, et qu'un contenu inaccessible depuis un téléphone n'est simplement plus indexé. Verdict : si la page mobile n'est qu'une version réduite de la page bureau, avec un texte minuscule et des boutons collés, c'est structurel. Rendre souple un gabarit qui ne l'a jamais été coûte presque toujours plus cher que le reconstruire.

3. Combien de temps la page met-elle à s'afficher ? Passez votre page la plus consultée dans PageSpeed Insights et cherchez la mesure notée LCP, le délai d'apparition du plus grand élément visible. Au-delà de 2,5 secondes, Google considère le résultat comme insuffisant ; nous avons détaillé ces indicateurs dans notre article sur les Core Web Vitals. Verdict : réparation dans la majorité des cas, parce que la cause première reste le poids des images. Refonte si le rapport pointe le socle lui-même, en particulier un empilement d'extensions qui chargent chacune leur code sur toutes les pages.

4. Le socle reçoit-il encore des correctifs ? Demandez à votre hébergeur ou à votre prestataire deux informations : la version de PHP qui fait tourner le site, et la version du gestionnaire de contenu. Côté serveur, PHP 8.1 et les versions antérieures ne reçoivent plus aucune correction, et le support de sécurité de PHP 8.2 s'arrête le 31 décembre 2026. Côté logiciel, WordPress équipe 40,2 % de l'ensemble des sites, et environ 7 % de ces installations tournent encore sur une version 5 ou plus ancienne, sortie il y a plus de cinq ans. Verdict : réparation tant que la mise à jour passe. Refonte quand c'est le thème ou une extension centrale qui empêche cette mise à jour, situation classique sur les sites construits avec un constructeur de pages acheté une fois et jamais renouvelé.

5. Pouvez-vous changer une ligne vous-même ? Modifiez un horaire d'ouverture, ajoutez une photo de chantier, corrigez un numéro de téléphone. Si l'opération suppose d'écrire à quelqu'un et d'attendre, le site n'est pas seulement daté : il vous coûte de l'argent chaque semaine, en occasions manquées et en informations fausses qui restent en ligne. Verdict : refonte, sauf si une interface existe et que personne ne vous en a jamais donné les accès. Cela arrive plus souvent qu'on ne le croit, et cela se règle en un courriel.

Ce qui se répare, et à quel prix

Voici les ordres de grandeur que nous pratiquons, pour un site vitrine d'une dizaine de pages.

Symptôme constatéCe que demande la correctionOrdre de grandeurVerdict
Pas de HTTPSCertificat, puis reprise des liens internes150 à 400 €Réparation
Pages lentes, images non traitéesRetraitement des médias, mise en cache300 à 900 €Réparation
Textes datés, offres qui ont changéRéécriture des pages qui amènent des clients400 à 1 200 €Réparation
Socle en retard de plusieurs versionsMise à jour, tests, sauvegarde préalable400 à 1 500 €Réparation si le thème suit
Affichage mobile approximatifReprise complète des gabaritsProche du prix d'une refonteRefonte
Aucune interface de modificationChangement de socle2 800 € et plusRefonte

Deux remarques sur ce tableau. D'abord, les trois premières lignes se cumulent très bien : traiter le HTTPS, les images et les textes d'un même site coûte une fraction du prix d'une refonte et transforme l'impression qu'il donne, sans toucher au socle. Ensuite, ces réparations coûtent nettement moins cher quand elles n'ont pas attendu cinq ans ; c'est précisément l'objet d'un forfait de maintenance, qui absorbe les mises à jour au fil de l'eau plutôt que de les laisser s'empiler jusqu'au point de rupture.

Quand la réparation ne suffit plus

Trois situations font basculer la décision, et elles n'ont rien à voir avec l'esthétique.

Les chantiers se répondent. Vous voulez alléger les images, mais le thème ne sait pas produire de WebP. Vous voulez mettre à jour le gestionnaire de contenu, mais l'extension de formulaire ne suivra pas. Chaque réparation en découvre une autre, et le devis gonfle à chaque appel. La règle est alors arithmétique : dès que la somme des réparations dépasse la moitié du prix d'une refonte, réparer devient un mauvais placement, puisque vous payez pour prolonger un socle qui tombera de toute façon. Le calcul ne vaut que pour les réparations du socle. Reprendre des textes ou retraiter des photos n'entre pas dans l'addition : ce travail-là n'est jamais perdu, puisque le contenu se transporte tel quel dans le site suivant.

Le socle n'est plus maintenu. Un serveur figé sur une version de PHP abandonnée, un thème dont l'éditeur a disparu, une extension qui n'a pas reçu de correctif depuis trois ans : ce ne sont pas des questions de confort mais de sécurité. Un site vitrine piraté sert souvent à héberger des pages de spam à l'insu de son propriétaire, et la découverte se fait en général par une alerte de Google, plusieurs semaines trop tard.

Le site doit faire quelque chose qu'il n'a jamais su faire. Encaisser un paiement, gérer des rendez-vous, exister en deux langues, ou respecter les obligations d'accessibilité qui s'appliquent depuis juin 2025 à certaines entreprises. Greffer une fonction lourde sur un socle qui n'a pas été pensé pour elle produit un site fragile, plus cher à maintenir qu'un site reconstruit.

Un dernier point, qui vaut avertissement : la refonte n'est pas sans risque pour ce que vous avez acquis. Un site qui reçoit des visiteurs depuis dix ans a des pages bien classées, et une migration menée sans plan de redirection les fait disparaître en quelques semaines. Nous avons listé les erreurs qui font chuter le trafic après une refonte : elles sont peu nombreuses, toutes évitables, et toutes coûteuses.

Questions fréquentes

Au bout de combien d'années faut-il refaire un site ? Il n'y a pas de durée juste. En pratique, les refontes que nous menons portent sur des sites de cinq à huit ans, mais la cause n'est jamais l'âge : c'est l'accumulation de chantiers laissés de côté pendant ces années. Un site entretenu tous les ans peut tenir bien plus longtemps, et l'entretien coûte moins cher que le rattrapage.

Peut-on garder le contenu existant ? Oui, et il faut le garder. Les textes qui amènent des visiteurs depuis des années sont votre actif le plus solide : ils se reprennent, se réécrivent, mais ne se jettent pas. Les adresses des pages doivent elles aussi être conservées, ou redirigées une par une vers leur équivalent.

Une refonte fait-elle perdre le référencement ? Le risque tient presque entièrement aux adresses. Quand elles sont préservées ou redirigées une par une et que le contenu est repris plutôt que réduit, il reste faible. Le trafic bouge toujours un peu dans les semaines qui suivent une mise en ligne, le temps que Google réexplore l'ensemble. Ce qui ne revient pas, ce sont les pages supprimées sans redirection.

Combien de temps faut-il prévoir ? Quatre à six semaines pour un site vitrine, en comptant vos allers-retours de validation. Une réparation ciblée se compte en jours. Dans les deux cas, le délai dépend surtout de la rapidité avec laquelle les contenus et les photos nous parviennent.

Et si mon prestataire actuel refuse de me rendre la main ? C'est un motif de refonte à lui seul, mais commencez par vérifier au nom de qui votre nom de domaine est enregistré : il vous appartient peut-être déjà, et il suffit alors d'un transfert pour repartir ailleurs sans rien perdre.